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Nourrir les animaux sauvages, la fausse bonne idée.

Bois, forêts, rivières et autres espaces naturels offrent une diversité d’habitats pour de nombreux animaux. Réflexe anthropomorphique étant, nombre d’entre nous se piquent «  d’aider  » la faune sauvage en distribuant de la nourriture. Mais est-ce vraiment les assister que de participer au nourrissage des animaux en ville ?

Voici un sujet qui conduit souvent à des discussions passionnées. Arguments scientifiques face aux éternelles ritournelles « Je donne à manger aux animaux parce que j’aime la Nature » ou encore « bah oui, mais les pauvres, faut bien les aider ! ». Certains seront tantôt émus de voir la jeune gazelle se faire dévorer par la méchante lionne, tantôt heureux de constater que le mignon lionceau est nourri de la gazelle chassée par sa brave mère !
La Nature n’est pas morale ou immorale, elle est simplement amorale.
Il n’y a pas de méchant ou de gentil, il n’y a pas de bon ou de mauvais. C’est une vue de l’esprit.


Le nourrissage n’est un besoin que pour l’Homme

Oiseaux, renards, hérissons, sangliers, ils sont nombreux à profiter des largesses de certains dans ou à proximités des villes et villages.
Mais en tirent-ils réellement profit justement ?

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image de nourrissage de canards

Quand on jette du pain à l’eau pour les canards et autres oies, saviez-vous qu’on peut les tuer ?
En effet, le système digestif des oiseaux n’est pas fait pour ce type d’aliment. Pauvre en vitamine et en minéraux, il peut conduire à des carences, si les animaux se concentrent sur cette source alimentaire facile d’accès.
De plus, le pain gonfle et colle dans l’estomac et peut de fait provoquer de sévères troubles digestifs pouvant conduire à la mort de l’animal.

Quand on laisse une gamelle pleine de croquettes à l’extérieur de la maison, le hérisson peut se goinfrer et s’il en prend l’habitude risque d’être sujet au surpoids de telle sorte qu’il ne pourra plus se mettre en boule pour se protéger des prédateurs. Le renard quant à lui aura tendance à se satisfaire de cette source alimentaire et à devenir un peu trop familier au goût de certains, ce qui conduira inévitablement au piégeage.

Quand on dépose de la nourriture dans les bois, parcs, etc. en périphérie des villes, les sangliers ne rechigneront pas à goûter quelques mets. Mais qu’adviendra-t-il lorsqu’ils s’installeront et commenceront à retourner les gazons, fouiller les poubelles, etc. ?


Les risques pour la faune sauvage sont multiples

Surpoids, troubles digestifs, changement de comportement alimentaire, propagation de maladies.

Sur ce dernier point, une récente étude britannique a d’ailleurs confirmé le risque que peuvent représenter les mangeoires pour les oiseaux.
En effet, ces dispositifs entrainent des concentrations d’individus, notamment d’espèces ne se côtoyant pas ou peu dans la nature, ce qui augmentent de fait les risques d’expositions à divers pathogènes (virus, bactéries, parasites, etc.). De plus, les moisissures qui se développent dans les mangeoires peuvent être source de contamination.

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Image d’une mangeoire à oiseaux

Pour continuer à profiter du spectacle qu’offrent les oiseaux à la mangeoire, quelques règles sont à respecter :

- mettre peu de nourriture et la renouveler régulièrement (2 jours), pour éviter le développement de moisissures,
- à chaque renouvellement, bien nettoyer les postes de nourrissages et d’abreuvage,
- les changer d’emplacement régulièrement afin d’éviter l’accumulation de fientes.
- Et surtout, ne nourrir les oiseaux qu’en période de grand froid ! En effet, cette source de nourriture ne doit rester qu’un complément, un petit coup de pouce, au risque d’impacter leur comportement, voire leur développement.


Le nourrissage peut amener à des phénomènes de pullulation.

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Image de chats errants

Un exemple bien connu, qui sort du domaine strict de la nature sauvage et qui fait souvent l’objet de débats enflammés, c’est celui des Chats domestiques.
À l’état féral (c’est-à-dire de retour à un état sauvage), leur espérance de vie est bien supérieure lorsqu’ils sont nourris. De fait, le nourrissage peut conduire à des explosions démographiques, rendant caduques les opérations de stérilisation.
En effet, dans de tels cas, il faudrait stériliser au moins 90% des individus pour en observer les premiers effets.
Pour rappel, Le chat domestique est responsable de la disparition de 63 espèces à travers le monde et tue plusieurs milliards de proies par an.
En France, une estimation porte à une centaine de millions d’oiseaux tués chaque année par les chats non errants.


Comment « aider » la Nature ?

Prenons le temps de l’observer, de la contempler, participons à toutes les initiatives qui permettent mieux la comprendre pour mieux la préserver, soutenons les structures travaillant pour sa protection, optons pour des pratiques respectueuses de la biodiversité dans nos jardins…
Les solutions rationnelles ne manquent pas, passons à l’action !


Source des photographies : www.pixabay.com